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Lignes de vie : réparer, relier, transmettre

  • Photo du rédacteur: Emmanuelle Vandenhaute
    Emmanuelle Vandenhaute
  • 15 avr.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 avr.

Je suis plus à l’aise avec mes mains qu’avec les mots. Pourtant, dans ce plat, il y a une histoire qui mérite d’être racontée. Une histoire longue, parfois profonde… et parfois étonnamment drôle.



Ce plat a été réalisé selon la technique du raku, puis réparé en kintsugi. À l’origine, je l’ai façonné en terre en me reliant aux quatre directions : est, nord, sud, ouest, symbolisées par des flèches. Elles évoquent les cycles de la vie. Avec le recul, leur orientation aurait peut-être été différente… mais elles pointent vers le centre, vers le cœur. Et finalement, c’est peut-être là l’essentiel.


La cuisson raku est une technique singulière : les pièces sont sorties du four à environ 1000 degrés à l’aide de pinces, puis placées dans un contenant rempli de copeaux de bois. Le choc thermique provoque un embrasement, l’émail se craquelle, et le carbone vient noircir les fissures. C’est ce qui donne au plat cet aspect vivant, presque organique.


Mais lors de cette étape, le plat s’est brisé en une quinzaine de morceaux.


Il ne m’a pas été possible de l’abandonner. J’ai alors entrepris de le réparer selon la technique du kintsugi traditionnel : lentement, morceau par morceau, à travers des gestes précis : collage à base de laques naturelles, ponçage, séchage, assemblage… jusqu’à la pose de la laque rouge, puis de la poudre d’or, venant révéler les lignes de fracture.


Au fil du temps, quelque chose de plus profond s’est joué. Ce travail de réparation est devenu un espace de transformation intérieure. Il s’agissait de rassembler, de relier, de réconcilier. Comme si chaque fragment portait en lui une mémoire à accueillir. Comme si réparer la matière revenait aussi, d’une certaine manière, à réparer le lien.


C’est dans ce contexte qu’un projet de voyage au Québec s’est présenté, pour participer à un stage. J’avais déjà fait la connaissance de Grand mère Lucie et Grand père Jean lors d’un précédent séjour. À l’approche du départ, un rêve est venu marquer un tournant. Des lunes apparaissaient, disposées en cercle, évoquant les cycles lunaires : du premier quartier à la pleine lune. Lucie et Jean étaient là, au centre, entourée de ces formes vibrantes.

Au réveil, ces lunes ont fait écho à autre chose : elles m’ont évoqué ce plat. Par leur forme, par leur présence, par leurs nuances. Ce rêve a alors agi comme un appel clair : ce plat devait faire partie du voyage


La veille du départ, il a été soigneusement emballé et placé dans une housse de transport pour tambour. Le lendemain matin, très tôt, dans l’obscurité, j'ai chargés mes bagages et le trajet vers la gare a commencé.


Sur la route, un bruit soudain, puissant, résonne sur le toit de la voiture. Une allée bordée de noyers… probablement une noix tombée. L’événement reste anecdotique sur le moment.


Ce n’est qu’à l’arrivée à la gare qu’une absence se fait sentir : la housse contenant le plat n’est pas là. Elle a été oubliée devant la maison. Le choix se pose, faire demi-tour ou poursuivre. Le souvenir d’un avion manqué l’année précédente oriente la décision : le voyage continue, sans le plat.


Plus tard, en racontant cette anecdote, un malentendu transforme la “noix” en “oie”, provoquant un éclat de rire collectif. Depuis, ce souvenir garde une dimension légère, presque absurde, comme une respiration dans le récit.


Au retour, la housse est retrouvée exactement là où elle avait été laissée, intacte. Comme préservée.

Le plat poursuivra ensuite son chemin autrement. Il sera confié à des proches, voyagera encore, traversera des territoires, avant de parvenir à destination.


Aujourd’hui, ce plat porte en lui bien plus que son apparence. Il incarne un processus. Une traversée. Une réparation. À travers cette pièce, il est question de lien à la matière, à soi, aux autres, au vivant. Il est aussi question de mémoire, de transmission, et de cette capacité à transformer les fractures en lignes de force.


Dans ce geste, il y a une forme d’hommage. À une vision du monde profondément reliée à la nature, à l’interdépendance, à une manière d’habiter le réel avec sens et respect.


Et peut-être, en filigrane, l’émergence d’un pardon. Quelque chose qui se dépose, qui s’apaise, et qui ouvre.


Ce plat a été offert à Grand-mère Lucie. Il ne s’agit pas d’une pièce mise en vente, mais d’une des premières expérimentations autour du kintsugi, réalisée après une initiation à cette pratique.


Il marque un point de départ. Une ouverture.


Aujourd’hui, ce travail de réparation est devenu une véritable invitation à créer d’autres œuvres autour de cette notion : réparer, sublimer les fractures, et faire émerger la beauté là où il y a eu rupture.


Dans cette continuité, la démarche de Grand-mère Lucie résonne profondément. Elle invite chacun à devenir, ou à continuer d’être, un acteur du retour au lien avec la Nature. Son travail s’ancre notamment dans la reconnaissance et la transmission des fonctions médicinales des huiles essentielles et d’autres ressources naturelles.


Elle propose également une « boussole énergétique », un outil constitué de neuf synergies issues des huiles essentielles, visant à soutenir la vitalité énergétique et la clarté intérieure.


Merci Lucie :

"Chère Emmanuelle,


Je te dis un immense merci. Je suis tellement honorée de ce merveilleux témoin d’un chemin de guérison qui fait « émerger la beauté là où il y a eu rupture; tu le dis si bien … on en a tous besoin 😊

À tous mes proches. Je souhaite de trouver ce chemin vers Soi qui nous ramène les uns vers les autres et qui nous relie à l’Infini Source.

Je crois sincèrement que ce chemin nous mène à la PAIX

«Aujourd’hui, ce travail de réparation est devenu une véritable invitation à créer d’autres œuvres autour de cette notion : réparer, sublimer les fractures, et faire émerger la beauté là où il y a eu rupture.»


XXXXX infini

Lucie B Mainguy

 
 
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